Stephane Le Diraison

Vendée Globe 2020 : ITW de Stéphane Le Diraison, skipper très engagé.

 

Quel constat dresses-tu de l’état de l’océan et comment cela a évolué ces dix dernières années ?  

L’océan va mal malheureusement. C’est terrible à dire puisque c’est 70% de la surface du globe et qu’il est au cœur de tous les équilibres, comme le CO2 ou la régulation des climats. S’il n’y a plus d’équilibre au niveau des océans alors il n’y a plus de vie sur terre. Les océans sont très pollués et ces pollutions proviennent de la terre.  

En 10 ans, j’ai vu beaucoup d’évolutions et sans aller très loin. Par exemple, en mer Méditerranée, il est impossible de naviguer sans croiser régulièrement des pollutions diverses : des bidons, des bâches, des sacs etc. J’ai aussi vu des pollutions chimiques dans le golfe du Mexique. Des containers remplis de produits électroniques ou chimiques dans la Manche et qui s’échouent sur nos plages. Et cela a un impact sur le climat.  

En tant que marin, j’y suis particulièrement sensible puisque j’avance avec le vent en naviguant, ce qui me permet de me rendre compte que certaines choses évoluent trop vite. Mais je suis un optimiste, je pense que l’on peut faire encore énormément de choses, mais nous devons arrêter de tourner en rond. Les constats sont faits. Nous devons maintenant passer à l’action. 

 

Peux-tu nous présenter ton projet Time for the Oceans ?  

Time for the Oceans est un message qui me tient particulièrement à cœur. J’ai eu la chance de grandir au bord de la mer et d’avoir pour terrain de jeu la nature et l’océan. Très jeune, j’ai été sensibilisé à sa fragilité, j’ai été témoin de nombreuses pollutions : les marées noires, les pollutions plastiques ou chimiques. Au fur et à mesure de mes navigations, je constate que le problème ne fait que s’aggraver, avec une vitesse d’évolution qui devient inquiétante.  

En 2016, pendant la dernière édition du Vendée Globe, je me suis rendu compte que la fonte des glaces était un sujet extrêmement préoccupant. On en entend parler mais quand on est directement confronté au problème, ce n’est pas la même chose. J’ai croisé un iceberg à la latitude de Lisbonne, de l’autre côté de l’Atlantique en plein mois de juillet. Ce genre d’indicateurs m’a donné envie de devenir un ambassadeur auprès du public, de témoigner ce que je vois pour sensibiliser à l’action. Et surtout m’adresser à des partenaires tels que Bouygues Construction et Suez, des partenaires engagés dans la transition, dans une façon d’aborder l’activité qui intègre l’environnement.  

C’est un challenge long, cela ne se fait pas d’un claquement de doigt, mais l’action doit être extrêmement concrète. Donc ce projet est là pour accompagner ces transitions et aussi mettre les projecteurs sur le fait que nos bateaux ont aussi besoin d’évoluer. L’usage est indolore au niveau environnemental. Par contre, la fabrication de ces bateaux et leur déconstruction sont des sujets qui ne sont pas traités. Il faut que les skippers s’approprient ces sujets-là. Si l’on veut pouvoir continuer à bénéficier de l’étiquette verte alors nous devons être à la hauteur de ces enjeux.  

 

Quelles seront tes actions lors du Vendée Globe pour sensibiliser à la protection de l’environnement ?  

Mes actions sont variées et principalement en amont. Cet hiver, nous avons fait un énorme travail pour montrer que nous sommes capables de fabriquer un bateau éco-conçu.  

Quand je suis en mer, j’aime beaucoup voir mon bateau tel un petit morceau de continent, sur lequel je suis en autarcie. Je gère mon énergie, ma production d’eau, mes déchets. Ce sont des actions qui parlent au grand public.  

Pour ma consommation en eau, je dé-sale l’eau de mer. Pour dé-saler, il faut de l’énergie, et cette énergie je la produis grâce à des hydrogénérateurs, donc des énergies renouvelables, et qui fonctionnent parce que le bateau avance avec des voiles. Vous voyez, c’est toute une boucle. Et comme tout ceci donne des débits plus faibles que ce que l’on a à terre, alors je dois apprendre à vivre avec 6 litres d’eau par jour.  

En France, la consommation moyenne en eau est de 160 litres par personne, entre les machines à laver, la douche, etc. On ne se pose même pas la question. Je veux donc montrer qu’il est facile de faire des efforts, et si chacun faisait un petit effort et économisait 10%, cela ferait de grosses différences à l’échelle de la population.  

C’est la même chose pour l’énergie : sur mon bateau, l’énergie, je la produis, donc je ne peux pas la gaspiller. Cela fait prendre la mesure de tout ce qui est précieux. Tout comme la gestion des déchets, qui se prépare bien en amont, puisque tout ce que j’amène sur le bateau, je dois le garder pendant trois mois donc pas question d’avoir des emballages à profusion, des déchets gras que je laisserais trainer. Il faut qu’il y ait le moins d’emballage possible, et c’est aussi des choses qui peuvent être partagées avec le public. Il est facile aujourd’hui d’avoir de la nourriture en vrac par exemple.  

 

Peux-tu m’en dire un peu plus sur les hydro générateurs ? 

J’en suis vraiment fan, c’est une hélice qui est entrainée par le mouvement du bateau. Cette hélice fait tourner une turbine et produit de l’électricité, avec une traînée très faible. Quand nous faisons des essais de vitesse et que j’active les turbines, je n’arrive pas à déceler de différence. Il y en a forcément une petite, mais elle est très faible.  

Ce qui est vraiment formidable, c’est que cette énergie est sans impact sur l’environnement, qu’elle est tout le temps disponible et qu’elle ne nécessite pas d’investissement lourd ou d’entretien courant et coûteux. Quand on voit les courants autour de la France, on se dit que c’est vraiment dommage que cette ressource disponible soit inutilisée. Évidemment, cela ne va pas suffire à remplacer 15 centrales nucléaires, mais dans le mix énergétique, cela a toute sa place. En bateau, nous faisons cette démonstration. On montre que nous sommes capables d’être auto-suffisants en énergie avec deux petites turbines.  

 

Et l’éolien ?  

C’est une énergie qui est très intéressante et qui marche très bien sur les multicoques, puisque ce sont des bateaux qui vont presque deux fois plus vite que nous. Le vent ressenti est beaucoup plus fort ce qui permet d’avoir du rendement sur l’éolienne. Sur un bateau type du Vendée Globe, on n’est pas suffisamment rapide pour que le rendement soit intéressant, mais aussi parce que l’on fonctionne beaucoup avec le vent dans les mers du Sud. Le vent ressenti n’est pas très fort. Mais sur les gros bateaux, notamment ceux de croisières, c’est une solution très intéressante.  

 

Que retiens-tu des actions de The SeaCleaners 

Je retiens la diversité des actions, avec le côté pédagogique, nécessaire, en informant les entreprises ou les scolaires. La sensibilisation est très importante pour les enfants, ce sont eux qui représentent notre avenir. Ce sont eux qui vont hériter de tout ce que l’on est en train de saboter aujourd’hui.  

L’action concrète d’aller prélever les déchets avant qu’ils se décomposent est un élément essentiel aussi. Bien sûr, cela ne suffira pas puisqu’il y a trop de sources de pollution, mais cela peut venir habilement compléter une politique globale de gestion des déchets.  

Ce que je retiens également de The SeaCleaners, c’est l’innovation : nous avons besoin de mettre la matière grise au service de l’environnement. Et cette solution, de valoriser in situ les déchets, me paraît vraiment intéressante 

 

Trois mots pour soutenir le combat de la protection des océans ?  

Les mots qui me viennent en premier à l’esprit sont “URGENT”, “ESSENTIEL” et “ESPOIR”.  

 

Trois gestes simples pour préserver les océans ?  

Je m’adresse d’abord aux fumeurs. Je n’ai rien du tout contre eux, mais j’en ai contre ceux qui jettent leurs mégots n’importe où, en ayant le sentiment que cela n’a pas d’impact sur l’environnement, notamment en ville. Alors que ce mégot va se retrouver dans un caniveau, puis dans un fleuve, puis dans la mer, puis en nano particules et enfin dans nos assiettes. Donc arrêter de jeter, que ce soit des mégots ou même de façon plus générale des emballages, sans oublier les masques que l’on retrouve partout dans la nature maintenant. Bien jeter est un geste simple.  

Le deuxième geste serait d’être attentif à tout ce que l’on rejette dans nos égouts, comme les produits d’entretien par exemple, en favorisant ceux qui sont moins nocifs.  

Enfin, baisser la température en hiver de 1 ou 2 degrés dans son appartement a un impact très fort. Cela permet de réduire la production des centrales électriques et donc de rejeter moins de CO2. 

 

Une phrase ou une citation destinée aux futures générations ?  

Bougez-vous ! Agissez ! À titre individuel, mais exigez aussi cela de la part votre entourage. Exigez le changement ! 

 

Une phrase destinée aux dirigeants pour les interpeller sur l’urgence d’agir ?  

Nous partageons tous la nécessité d’agir. C’est vrai au niveau politique, institutionnel et individuel, Les chefs d’entreprises ont aussi leur part de responsabilité, même si c’est compliqué dans un monde globalisé, on ne peut plus continuer à ne rien faire. Il faut agir puisque ce sera une valeur ajoutée pour le futur.  

Aujourd’hui cela peut être encore considéré comme un frein. Mais je suis convaincu que, dans les années à venir, ce sera au contraire quelque chose de porteur, créateur de valeurs et de richesses pour une entreprise. C’est donc le moment d’agir à la fois pour la planète mais aussi pour vos entreprises.  

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