Le Manta, un bateau pour la protection des océans, et soucieux de la biodiversité marine

Conçu pour lutter contre la pollution plastique, le Manta utilise différents systèmes de collecte en surface. Mais si le but est de dépolluer les océans, quels sont les risques pour la faune et la flore marines, et l’impact de ce géant collecteur sur la biodiversité ?
Eric Le Plomb, Responsable des Opérations Scientifiques et Eve Bourdon, cheffe de projet chez Manta Innovation, ont répondu à nos questions.

Manta Innovation et The SeaCleaners ont dû faire appel, pour la conception du Manta, à de nombreuses organisations et entreprises, pour leurs expertises et conseils. Avez-vous travaillé avec des organismes de protection des animaux marins afin d’étudier l’impact du Manta sur la faune océanique ?

Eric Le Plomb : Respecter le bien-être animal est un impératif absolu pour nous. Notre motivation première pour dépolluer, c’est avant tout la protection de la biodiversité marine, puisque chaque année 1,5 million d’animaux marins (poissons, oiseaux, mammifères…) meurent par ingestion ou étranglement. La préservation des habitats marins, qu’il s’agisse de zones de nourrissage, de reproduction ou de jeu, est donc aussi importante que la dépollution à proprement parler à nos yeux. Nous avons porté, dès le début, la plus grande des attentions au sujet de la faune marine.

Nous avons, au sein même de l’équipe, des personnes spécialisées. J’ai moi-même intégré ce projet afin de travailler sur cette thématique, après de nombreuses années à faire du monitoring marin dans le Pacifique. Nous avons en outre la possibilité de nous appuyer sur l’expertise d’organismes océanographiques reconnus comme l’IFREMER ou l’Institut de Recherches et Développement avec qui nous collaborons régulièrement. Mais nous avons fait en sorte, dans la conception du bateau, d’avoir les informations nécessaires sur le développement des systèmes afin d’amoindrir les interactions avec la biodiversité marine.

Eve Bourdon :  Il faut aussi savoir que le Manta évoluera à faible vitesse, environ 2,5 noeuds, quand il sera en collecte. C’est une vitesse qui permet justement aux mammifères marins, aux tortues en respiration à la surface, aux poissons adultes de se sauver en sondant ou en plongeant, sans être invasive.

 

Les systèmes de collectes seront-ils équipés pour empêcher de piéger des animaux ?

Eric Le Plomb : Oui tout à fait. Le Manta est équipé de deux systèmes de collecte principaux.

Eve Bourdon : Nous avons également une présence humaine qui permet de gérer tout ça, avec  des opérateurs de tri mais également de plongeurs professionnels qui peuvent intervenir et observer la vie autour de l’activité du Manta. Ils avanceront  en amont du Manta afin d’enlever les gros déchets qui pourraient altérer nos systèmes de collectes (morceaux de bois etc.), mais aussi s’assurer que la vie marine n’est pas gênée par nos opérations. Ils pourront circonscrire la zone, identifier les dangers et surtout, en évoluant en amont du Manta, généreront assez de bruit pour que les individus adultes soient prévenus et aient le temps de sortir de la zone de collecte.

 

L'impact du manta sur la biodiversité - The SeaCleaners
Source I @viperbank

Quelles seraient les espèces qui pourraient être les plus impactées par le Manta ? 

Eve Bourdon : Les animaux qui se déplacent lentement peuvent être éventuellement impactés, comme les méduses, ou les juvéniles (bébés poissons, larves…), d’où notre attention particulière sur ce sujet.

Eric Le Plomb : Oui exactement. Nous avons été attentifs, dans le design des moyens de collecte, aux animaux qui n’ont pas de système de propulsion et qui pourraient se faire emmener dans la colonne d’eau au gré des courants.  Ce sont tous les petits organismes qui se mettent sous les radeaux de déchets, pour se protéger des prédateurs venus des profondeurs (harengs, morues…) ou des airs. Nous avons donc conçu les moyens de collecte de surface pour que ces organismes de petite taille puissent passer facilement à travers les mailles de nos filets. Si malgré cela, certains se font attraper, les opérateurs les remettront immédiatement à l’eau à l’arrivée des tapis. Mais du fait de la faible profondeur et  de la faible vitesse du bateau, et du bruit généré par ce dernier, beaucoup d’organismes partiront de la zone de nettoyage bien avant que nous mettions nos systèmes de collecte en place.

Justement, le bruit du Manta ne risque-t-il pas de déranger les animaux marins avant même le début de la collecte ? Faudrait-il l’équiper d’ultrasons  pour les éloigner ?

Eric Le Plomb : Les décibels générés par le bateau vont être suffisants pour les éloigner, mais pas assez pour les déranger. On parle de seulement 30 à 50 décibels. C’est efficace sans être une nuisance. Quant aux ultrasons, les bateaux de pêche équipés de filets dérivants ou de chaluts pélagiques doivent être équipés de pingers afin d’éviter la pêche accessoire, puisqu’ils n’émettent pas de bruit lors de leur activité. C’est inutile dans notre cas puisque ces pingers n’éloignent pas les poissons, seulement les cétacés.

Vous parliez de la vitesse du bateau, est-ce un facteur à prendre en compte quand on parle de l’impact sur la biodiversité ? 

Eric Le Plomb : On estime aujourd’hui qu’un dauphin peut aller jusqu’à 60km/h, nous serons à 6 ou 7km/h (soit 2,5 noeuds). Cette faible vitesse permet de laisser la possibilité aux dauphins ou tortues, de s’adapter à notre vitesse et de nous éviter. À titre de comparaison, les bateaux utilisés pour la recherche et l’observation naviguent à la vitesse de 5 noeuds, vitesse qui est étudiée pour déranger le moins possible les animaux. Nous serons deux fois moins rapides qu’eux.

Nous sommes donc sur un risque zéro de capture d’animaux ? 

Eric Le Plomb : Entre la faible vitesse du bateau, la faible profondeur des moyens de collecte, le bruit généré ponctuellement par l’activité humaine, la mise en place d’un équipage en amont, cela fait beaucoup de moyens qui nous permettent de nous prémunir de captures. Bien que le risque zéro n’existe pas, nous avons pris en compte toutes les conditions d’opération et de mise en place de matériel pour minimiser les captures accessoires de petits poissons ou de gros mammifères.

Eve Bourdon : Pour nous, la préservation et la dépollution sont aussi importants l’un que l’autre.

Y-a-til des vétérinaires prévus à bord si un animal est blessé par les systèmes de collecte ? 

Eric Le Plomb : Le Manta va agir proche des côtes, dans des zones littorales, donc éventuellement proches d’organismes spécialisés. Nous pourrons nous appuyer sur leur expertise et les solliciter en cas d’événement accidentel. Nous ne sommes pas loin en pleine mer et nous pouvons interagir rapidement avec des scientifiques locaux.

Les scientifiques présents à bord vont-ils effectuer des recherches essentiellement sur la pollution plastique ou également intervenir sur des missions de préservation et/ou d’observation de la vie marine? 

Eric Le Plomb : Nous avons pourvu le Manta de tout le nécessaire d’un navire océanographique de petite taille pour que chaque scientifique puisse travailler sur la mission de son choix. Nous avons une réelle envie d’accueillir les scientifiques locaux des états dans lesquels nous allons opérer, afin de travailler sur leurs problématiques, qu’elles soient liées à l’impact du plastique sur une espèce animale en particulier ou la toxicité de la dégradation des plastiques dans la colonne d’eau, etc…

 

Photo Eric Le Plomb

Responsable des Opérations Scientifiques

Eric Le Plomb

Photo Eve Bourdon

Cheffe de Projet

Eve Bourdon