Le monde de l’outdoor lance un signal d’alarme sur la pollution plastique

Une bouteille à la mer
Jean-Frédéric Chapuis, champion olympique de skicross ©Dom Daher

Une histoire d’amitié et de passion qui débute par une idée candide et qui, en 9 jours seulement, réunit des grands athlètes de l’outdoor dans un centre de recyclage pour sensibiliser et alerter. Cette histoire, c’est celle de l’association Une bouteille à la mer, et c’est Dom Daher, photographe, qui nous la raconte aujourd’hui. 

 

Comment est né UBAM (Une bouteille à la mer) ? 

UBAM a débuté en novembre 2019, après un séjour en centre de rééducation où Mathieu Navillod, ancien membre de l’équipe de France de ski de bosse, et Jimmy Humphreys, basketteur de haut niveau, se sont rencontrés. De cette rencontre sur des vélos d’appartement et entre les mains des kinés, est née une belle amitié. Mathieu est un vrai passionné de la protection de l’environnement, et de son terrain de jeu qui est la montagne. Il m’a appelé un matin pour me parler de l’idée qu’ils avaient eu ensemble, de promouvoir le recyclage par une série de photos, dans le centre de traitement des déchets SCLAVO qui appartient à la famille de Jimmy. J’ai tout de suite dit oui.

9 jours plus tard, nous étions tous prêts à embarquer dans la Kangoo bleu lagoon de Mathieu, direction Fréjus. En moins d’une semaine, nous avions réussi à rameuter toute une équipe de sportifs, principalement issus de la montagne mais pas seulement, pour nous accompagner dans l’aventure.

Une bouteille à la mer
Zébulon, alpiniste et parapentiste ©Dom Daher
Une bouteille à la mer
Romain Raisson, skieur et parapentiste ©Dom Daher

Nous avions également fait appel à Kilian Jornet, multiple champion du monde de ski-alpinisme. Il était malheureusement au camp de base de l’Everest lors du shooting à Frejus, mais dès son arrivée en Norvège, où il habite désormais, Kilian m’a passé un coup de fil pour me dire que le projet l’intéressait vraiment. Je me suis retrouvé dans un voyage de 15h en train pour une session de shooting de 2h dans un centre de recyclage norvégien avec Kilian et sa compagne, Emelie Forsbergn.

Comment expliquer l’engouement de ces sportifs pour le projet ?

Pour la même raison que nous avons monté UBAM : les sportifs sont tous de gros pollueurs. Ils se déplacent pour aller en compétition, ils portent des vêtements techniques, ils promeuvent des collections textiles ou des destinations de voyage. Mais ce n’est pas parce que l’on fait tout ça, que l’on ne peut pas agir, bien au contraire. La nature est notre terrain de jeu, nous devons la protéger à notre manière, avec nos moyens. Et nos moyens, ce sont notre carnet d’adresse dans le milieu sportif et notre savoir-faire de l’image.

Une bouteille à la mer - Kilian Jornet

Le but d’UBAM est donc la sensibilisation par l’image ?

C’est en tout cas ce que nous savons le mieux faire. Beaucoup nous demandent pourquoi nous n’organisons pas de ramassage de déchets. On pourrait le faire évidemment, mais ce n’est pas là où nous avons une vraie plus value. Nous avons eu de très bon retours sur cette campagne , avec plus de 84 millions d’audimat. Nous avons été capables de mettre en image un message qui nous tenait tous à coeur et on s’est dit qu’on ne pouvait pas s’arrêter là. Cette opération nous a également permis de rentrer en contact avec des organismes comme WWF et 1% for the planet ou encore la MAIF qui nous a permis de financer des kits de sensibilisation à mettre à disposition de tous.

“Notre devise chez UBAM est simple : éveillons les consciences sur les menaces environnementale par l’image et le sport. Nous ne pouvons pas agir sur tous les fronts. Mais ce que nous savons faire : du sport et de l’image. Alors autant s'en servir.”

Dom Daher

La suite d’UBAM c’est quoi ?

La deuxième étape était très importante pour Mathieu. En tant qu’athlète sponsorisé, il a fait le constat qu’il était capable de remplir intégralement cette même Kangoo d’emballages plastiques qui provenaient de sa dotation. Nous avons donc créé une réunion informelle qui réunissait une cinquantaine de marques de l’outdoor (Salomon, Pictures, Rossignol, Alpina, Patagonia,…) pour réfléchir sur la problématique des packagings. Avons-nous vraiment besoin d’une feuille de soie au milieu des tee-shirts neufs, des emballages uniques et multiples étiquettes ? Nous sommes fiers d’avoir pu réunir toutes ces personnes pour parler de ce sujet et travailler ensemble de manière ouverte, sans objectif de marketing, avec la seule volonté de vouloir faire avancer les choses.

Nous avons également deux projets à venir. « Des mains pour demain » pour sensibiliser au recyclage via des portraits photos, et « Au fil de l’eau« , avec cette idée que rien ne se perd, tout se transporte : un déchet jeté au sommet d’une montagne finira sa route dans les océans.

Une bouteille à la mer
©Dom Daher

Tu es spécialisé dans la photographie outdoor. As-tu été témoin du réchauffement climatique ou de la pollution plastique dans ton parcours ?

En montagne l’impact du réchauffement climatique est énorme. Le glacier de Tignes d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le glacier que j’ai connu à mon arrivée en 1996. Et ce constat est d’autant plus frappant en été qu’en hiver. Ce qui me révolte le plus en revanche, c’est ce que l’on peut retrouver dans la montagne. J’ai encore du mal à comprendre comment un emballage de gâteau peut se retrouver à 2500m d’altitude. Ce n’est pas un touriste qui a pu laisser ça ici, mais potentiellement un passionné de la nature et de la montagne. Ça me rappelle qu’il y a encore des personnes qui ne se rendent pas compte du problème, et que c’est là que nous avons un rôle à jouer. 

Photo Dominique Daher

Photographe

Dominique Daher

Photographe d'origine Marseillais, Dom est passé de mer à montagne pour se spécialiser dans la photographie outdoor. Il s'est désormais établit à Genève, dans son studio Neuf Dixième qu'il partage avec deux collègues et passionnés.

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