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Un retour inattendu des bisphénols dans notre assiette

Résumé :

Dans cette étude, les niveaux de bisphénol A (BPA) et de composés analogues ont été déterminés dans les muscles et le foie des poissons Dicentrarchus labrax (bar commun), Trachurus trachurus (chinchards) et Scomber colias (maquereau) de l’océan Atlantique Nord-Est. Le risque de leur consommation par les humains a été évalué. La relation potentielle entre les concentrations de bisphénol et la contamination microplastique (MP) des poissons a également été étudiée.
Les poissons de toutes les espèces avaient du BPA dans le foie et le muscle, ainsi que du bisphénol B (BPB) et du bisphénol E (BPE) dans le muscle.
La plus forte concentration de BPA dans le foie (302 ng/g poids sec) a été trouvée dans le maquereau et la plus basse (5 ng/g poids sec) dans le chinchard. Dans le muscle, le bisphénol avec la concentration la plus élevée était le BPE dans le maquereau (272 ng/g ps).
Les poissons ayant ingéré des microplastiques ont eu des concentrations significativement plus élevées de bisphénols que les poissons où aucun microplastique n’a été trouvé, suggérant une relation entre MP et contamination par le bisphénol chez les poissons. Dans toutes les espèces, la concentration de bisphénols a été corrélée avec une ingestion plus élevée de MP.
En ce qui concerne la salubrité des aliments humains, l’apport quotidien estimé (EDI), le quotient cible pour les risques (THQ) et l’indice des risques (HI) des bisphénols étaient plus élevés que ceux établis par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, ce qui suggère un risque significatif pour les consommateurs humains. Ces résultats soulignent la nécessité de faire davantage de recherches sur la contamination des poissons par les MP et les produits chimiques associés et d’évaluer les risques inhérents à la salubrité des aliments humains.

Avis The SeaCleaners :

La polémique sur les bisphénols n’est pas terminée.
Que ce soit le bisphénol A, B ou E (BPA, BPB ou BPE), ils sont tous très présents comme additifs dans certaines matières plastiques. Le plus connu est le BPA utilisé dans les polycarbonates (PC) car à l’origine du questionnement sur sa toxicité. En effet, les PC sont très utilisés dans les produits de consommation courante, en contact alimentaire ou non, quand l’objet nécessite une certaine résistance mécanique. Ils constituaient environ 90% des biberons en plastique avant la réglementation européenne. Le BPA apporte une souplesse à la formulation du PC qui est naturellement cassant. Des études ont commencé dans les années 2000 qui ont mis en évidence son activité endocrinienne chez l’homme, même à doses très faibles. Il a donc été classé officiellement comme perturbateur endocrinien. Les autres bisphénols restent fortement suspectés d’avoir le même effet.

Environ 4 millions de tonne de BPA sont encore produites en 2015.
Ils sont toujours intégrés dans les PC mais certaines applications, comme les biberons, sont maintenant interdites en Europe et en Amérique du Nord depuis 2010. Toutefois, il est aussi très présent dans les résines époxy qui recouvrent l’intérieur des boites de conserve. Au plus fort de la polémique, il était recommandé de ne pas stocker d’aliments dans des récipients en PC sur de longues périodes et surtout de ne pas les chauffer pour éviter la libération du BPA. Son utilisation dans les boites de conserves stérilisées à haute température et destinées à être conservées assez longtemps laisse interrogateur, mais considérons que le législateur a les données techniques objectives nécessaires entre ses mains…

Les bisphénols sont présents dans des poissons consommés communément
Cette étude présente l’analyse de plusieurs bisphénols (BPA, BPB, BPE) dans les poissons consommés couramment en alimentation humaine. En effet, le développement massif de la pollution plastique, de par le mauvais usage des objets (emballage, usage unique…), et la mauvaise gestion des déchets, impacte les écosystèmes marins côtiers. Le fractionnement des plastiques qui se retrouvent dispersés dans l’environnement produit des quantités importantes de microplastiques (MP) qui sont ingérés par les animaux et entrent ainsi dans les chaines alimentaires. L’impact des polymères (PE, PET, PS…) est encore l’objet d’interrogations, mais l’accumulation des additifs est maintenant démontrée, par leurs concentrations dans les systèmes digestifs et dans les muscles des animaux (métaux lourds, organophosphates et bisphénols). Lorsque ces animaux sont consommés, nous sommes à nouveau en contact avec ces additifs.  

Les teneurs consommées dépassent les seuils de toxicité fixés par la réglementation européenne.
Dans l’exemple précis de cette étude, la consommation régulière de ces poissons expose à des teneurs en bisphénols qui sont supérieures aux normes fixées par la réglementation européenne. Trois indicateurs de toxicité, l’apport journalier estimé (EDI), le coefficient de risque cible (THQ) et l’indice de risque (HI) sont dépassés. Ils se concentrent dans le foie, mais aussi dans les muscles avec des différences selon les poissons. La durée de vie des bisphénols est assez courte dans l’environnement sous forme dissoute dans l’eau. Ce ne sont pas des polluants organiques persistants. La présence dans les poissons est corrélée avec la quantité de MP dans le système digestif, ce qui signe bien l’origine de cette pollution chimique dans la chaine alimentaire.

Un risque a priori géré par la réglementation actuelle sur les plastiques alimentaires mais un retour de l’histoire imprévu.
Depuis la mise en place des réglementations sur les bisphénols, les risques sanitaires humains semblent gérés en ce qui concerne les plastiques à usage alimentaire. Toutefois l’histoire revient nous impacter avec les anciens plastiques qui sont encore dans la nature, car leur temps de dégradation est très long. Les concentrations élevées en bisphénols des anciennes formulations sont maintenant ingérées par les poissons sous forme de microplastiques et entrent ainsi à nouveau dans notre chaine alimentaire avec tous les impacts toxiques déjà étudiés par le passé. Une sorte de « retour à l’envoyeur » qui nous rappelle que le modèle économique en place est très imparfait. Malgré toutes les réglementations, le principe de précaution n’a pas été respecté, comme l’atteste l’histoire du BPA initialement synthétisé pour une utilisation médicale en substitut d’hormone dans les années 1930, mais abandonné pour un produit plus actif par la suite.

Source :

Bisphenol A and its analogs in muscle and liver of fish from the North East Atlantic Ocean in relation to microplastic contamination. Exposure and risk to human consumers (2020)
Barboza, Luís Gabriel A.; Cunha, Sara C.; Monteiro, Carolina; Fernandes, José O.; Guilhermino, Lúcia.
Journal of Hazardous Materials : 393, 122419. – DOI-Link : https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2020.122419

Edité par : Yannick Lerat / 08-06-2020 /  SeaView@theseacleaners.org

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