Dégradation du plastique en mer : la bombe à retardement du réchauffement climatique

Une des idées reçues les plus courantes au sujet de la pollution plastique, c’est qu’elle serait problématique pour l’environnement car c’est un matériau qui ne se dégrade pas. C’est faux.

Certains des dangers les plus pernicieux du plastique résident précisément dans les effets néfastes liés à la toxicité de sa dégradation. On fait le point.

 

Vous connaissez sûrement ces chiffres : 10 ans pour un mégot, 20 ans pour un sac plastique, 450 ans pour une bouteille en PET, un tampon ou une couche… Ce sont les temps de dégradation du plastique en mer. 

Alors qu’il est admis que l’équivalent d’un camion poubelle, 17 tonnes, est déversé dans la mer chaque minute, le volume total de déchets polluant les océans dépasse tout simplement l’entendement. Depuis les années 1950, ce sont plus de 198 millions de tonnes de plastique qui ont été déversées dans les océans. 

Pourtant, LA grande idée reçue de la pollution plastique, c’est qu’elle est nocive parce que le plastique met autant de temps à se dégrader. Cette idée est dangereuse car elle limite la compréhension des effets de cette pollution à des nuisances uniquement d’ordre “esthétique” (les plastiques défigurent nos plages) ou bien “accidentelle” (les animaux ingèrent du plastique par erreur et en meurent). Pourtant, les conséquences de la pollution plastique dépassent très largement ces dommages immédiats et visibles à l’oeil nu : la dégradation des plastiques en mer impacte l’équilibre de nos écosystèmes, la faune et la flore, et la santé humaine. Cette décomposition joue également un rôle de catalyseur dans le réchauffement climatique.

Comment se dégrade le plastique dans la nature ? 

Que se passe-t-il pendant les 10, 20, 450 années ou plus que représente le très lent processus de dégradation du plastique ? Les plastiques se dégradent dans l’environnement par l’action de 4 mécanismes : 

Quand un plastique finit sa course en mer, sa très lente détérioration naturelle commence par la photo-dégradation et la dégradation thermo-oxydative, dues à son exposition à la lumière, aux UV et à la chaleur du soleil. Il se décolore, se fragilise et se fissure. Ces altérations s’expliquent par un changement chimique qui réduit la masse molaire du polymère. Et là, le plastique devient cassant. Sous l’effet de la dégradation hydrolytique (l’action de l’eau sur les molécules de polymère), il se brise en morceaux de plus en plus petits, jusqu’à atteindre un poids moléculaire suffisamment faible pour être métabolisé par des microorganismes. 

Pourquoi la dégradation des plastiques dans l’environnement est-elle (vraiment) problématique ? 

Grâce aux travaux de l’océanographe Dr. Sarah-Jeanne Royer*, nous comprenons mieux l’envers du décor de cette longue dégradation.

A toutes les étapes de sa dégradation en mer, le plastique émet des gaz à effet de serre : de sa photo-dégradation où, chauffé par le soleil, il produit de l’éthylène et surtout du méthane (un gaz 21 fois plus puissant que le CO2), à sa métabolisation par des micro-organismes, qui peuvent convertir une partie du carbone contenu dans ces nano-plastiques en CO2. Plus le plastique se dégrade en petits morceaux, plus il produira de gaz à effet de serre. 

Ainsi, les recherches du Dr. Royer sont les premières à mettre en évidence les émissions de gaz à effet de serre issues de la dégradation du plastique dans l’environnement et particulièrement l’environnement marin. Elles font apparaître l’effet boomerang du plastique sur le réchauffement climatique. Alors que les émissions de gaz à effet de serre émanant du plastique n’étaient envisagées que sous l’angle de la production, de la transformation et du transport de ce matériau, on découvre que les émissions de gaz à effet de serre liées à la dégradation du plastique représentent une véritable bombe à retardement. 

En effet, ces émissions de gaz à effet de serre s’inscrivent sur le temps long et n’en sont qu’à l’aube de leur potentiel de nuisance : plus de la moitié de tous les plastiques a été fabriquée depuis 2000. Et si la production mondiale de plastique dépasse désormais chaque année le poids de l’humanité, soit 400 millions de tonnes, l’UNEP prévoit que la production mondiale pourrait plus que doubler d’ici 2050. 

Aujourd’hui, près de 40 millions de tonnes de plastique sont rejetées chaque année dans l’environnement : si le niveau des émissions est encore relativement faible à l’heure actuelle, il devrait augmenter à mesure que les déchets plastiques des 70 dernières années continuent de se décomposer et que de nouveaux plastiques sont produits. 

Que se passera-t-il quand ces plastiques atteindront leur pic de dégradation ?  

La communauté scientifique doit désormais travailler à quantifier l’impact de ce “double effet Kiss Cool” sur l’élévation des températures mondiales. 

Il faut ralentir la production de plastique à la source, et collecter les macro-déchets dans l’environnement 

Que faire pour limiter l’impact de cette pollution plastique sur le réchauffement climatique ?  

La première évidence, c’est qu’il faut ralentir la production de plastique à la source et faire mentir les scénarios noirs de l’UNEP.   

Pour freiner cette progression rampante, les leviers sont bien connus : la sensibilisation d’un maximum de population aux ravages de la pollution plastique et à l’apprentissage des écogestes doit être couplée au soutien à la création de filières de valorisation des déchets plastiques à l’échelle mondiale, et à des accords internationaux ambitieux et juridiquement contraignants.  

Quand on sait que près de 40% de tous les plastiques produits aujourd’hui sont à usage unique et jetés au bout de moins d’un mois, on comprend que la marge de progrès est immense. Mais cela ne suffit pas. L’action curative de la collecte, à terre et en mer, fait également partie des solutions essentielles pour limiter la dégradation des macrodéchets en microplastiques et atténuer leurs émanations de gaz à effet de serre. 

Dans ses dernières résolutions sur le sujet, l’Organisation des Nations Unies préconise le nettoyage des écosystèmes en parallèle du travail de prévention et d’éducation. 

Le ramassage des déchets plastiques flottants (la partie de la pollution marine la plus exposée à la photo-dégradation et la plus nocive en émission de méthane), et la captation de la pollution plastique fluviale sont une responsabilité que nous avons envers les générations futures pour agir contre le réchauffement climatique.  

Sarah Jeanne Royer- La dégradation des plastiques