Le MOBULA 8, défricheur de terrain

En place depuis 6 mois, notre projet-pilote de dépollution des rivières et eaux calmes à Bali bat son plein. Porté par le MOBULA 8, notre premier bateau polyvalent de lutte contre la pollution aquatique, il va permettre à The SeaCleaners d’améliorer significativement ses moyens de lutte contre la pollution plastique dans les zones les plus impactées, tout en préparant les futures opérations du MANTA. Une courbe d’apprentissage accélérée qui mérite bien un résumé !

Inauguré officiellement le 20 mars dernier, en présence de nos partenaires locaux et du gouvernement indonésien, et en opération depuis le mois de mai, le tout premier MOBULA 8 de The SeaCleaners joue pleinement son rôle de poisson-pilote pour le déploiement des opérations de terrain de l’association.  

Parce que les grandes histoires se bâtissent sur des petites étapes d’observation, d’évaluation, d’itérations, de perfectionnement et (de temps en temps !) de faux pas, notre équipe opérationnelle, emmenée par son directeur Pascal MOUNIER, expert en direction de programmes internationaux, décortique les résultats obtenus par le MOBULA 8, aussi bien dans ses activités de collecte des déchets flottants, que dans ses missions scientifiques et de sensibilisation. 

Objectif ? Mettre en place une démarche de retour d’expérience exigeante, avant de passer à la phase d’essaimage d’une flotte de MOBULA solidaires. 

Alors que 3 nouveaux bateaux de la gamme MOBULA doivent être livrés prochainement (deux nouveaux MOBULA 8 et un MOBULA 10, plus grand) et mis en service courant 2024, les enseignements que nous tirons du projet-pilote à Bali vont ainsi permettre à nos équipes d’accroître significativement l’efficacité de nos futures opérations de terrain à Bali… et ailleurs !  

La technologique du MOBULA 8 : efficace… mais perfectible

Une trentaine de sorties ont été effectuées au cours de l’été dans les rivières, canaux et mangroves de la zone de Benoa, le port d’attache du MOBULA 8 à Denpasar, afin de tester le bateau dans différentes configurations de végétation et pour prendre en compte la saisonnalité. 

La saison des moussons se terminant en juin, la période est propice à la collecte des déchets flottants qui sont charriés en masse vers la Mer de Java au cours de l’été par les quelque 372 rivières de l’île. 

Grâce à son système d’aspiration, le bateau a montré sa capacité à récolter sur nappes denses entre 150 et 175 kilos de déchets par heure dans les zones de forte densité. Environ 6 tonnes de déchets ont ainsi été sorties des eaux. 

Grâce au retour d’expérience, des optimisations vont être apportées aux deux futurs MOBULA 8, qui permettront d’augmenter leurs performances et de ramasser 200 kilos de déchets par heure. 

Les opérations de nettoyage en mangroves, très nombreuses à Bali, ont montré également que des améliorations étaient nécessaires pour nettoyer ces écosystèmes aussi essentiels que fragiles. 

Si les déchets flottants sont récupérés sans problème majeur dans ces forêts d’arbres poussant au bord ou dans l’eau, il n’en va pas de même pour les déchets légers que sont les sacs plastiques et pour les bâches en plastique qui s’enfoncent dans la vase ou se coincent dans les racines respirantes des palétuviers, et s’enchevêtrent profondément dans la végétation. Or les sacs sont des produits à usage unique utilisés encore massivement en Indonésie … et jetés tout aussi massivement ! On les retrouve donc en très grandes quantités dans les mangroves. 

Les équipes de notre bureau d’ingénierie intégré MANTA INNOVATION et le constructeur du bateau EFINOR Sea Cleaner travaillent ensemble pour prendre en compte ces données et proposer des solutions pour que de nouveaux moyens de collecte répondent à cette problématique. 

Sur le chapitre du nettoyage, il est à noter que le MOBULA 8 a été utilisé à deux reprises très efficacement pour collecter des hydrocarbures dans la baie de Benoa, suite à des pollutions volontaires venant de la terre. 

 

Concevoir des solutions de collecte complémentaires

Différentes opérations de clean up aquatiques menées avec des acteurs locaux nous ont aussi montré la nécessité de développer d’autres solutions qui vont venir agir en complémentarité des MOBULA, comme des tapis collecteurs universels et des filets concentrateurs. 

Ces systèmes « low tech », abordables et pouvant être fabriqués localement, viendront augmenter l’efficacité de collecte des bateaux.  

Les équipes de MANTA INNOVATION sont déjà à pied d’œuvre pour les concevoir et nous aurons le plaisir de vous les présenter très prochainement, quand les phases de tests débuteront. 

Comprendre la dynamique des déchets pour mieux agir

Une majorité des sorties estivales du MOBULA 8 ont eu pour objectif une autre mission que la seule collecte des déchets : la compréhension de la dynamique des déchets plastiques dans la zone clé de Benoa, où de nombreuses rivières débouchent et se jettent dans la Mer de Java. 

Un impressionnant travail scientifique a été mené en collaboration avec notre partenaire, l’université locale d’Udayana (voir notre article sur le volet scientifique du MOBULA 8). 

Densité des nappes en fonction des variations saisonnières, caractérisation des plastiques contenus dans les nappes, analyse de la dérive des déchets flottants et des facteurs provoquant des zones d’accumulation : ce travail permet de comprendre où sont localisés les gisements les plus importants et comment ils se forment. 

Outre les zones de rétention des déchets que sont les mangroves, on constate que les zones de forte activité humaine, telles que les marchés, les ports, les rivières aux berges densément peuplées, sont assez logiquement fortement pourvoyeuses de déchets. Ce constat empirique vient corroborer l’étude récente publiée par le Pr. Denise Hardesty, membre du Conseil Scientifique International de The SeaCleaners. 

Savoir où collecter efficacement et sensibiliser.

Ce travail d’analyse scientifique a un triple mérite :  

 

  • Mesurer à quel point la sensibilisation des communautés est clé pour tenter de couper à la source le robinet des déchets plastiques. Ketut SUDARWATA, Project Manager de The SeaCleaners sur place, a mené ainsi plusieurs dizaines d’opérations de sensibilisation dans la zone, souvent en partenariat avec d’autres associations environnementales balinaises, et avec la Navy indonésienne, qui est officiellement en charge, dans son mandat, de la protection du littoral. Ces nombreux échanges contribuent à renforcer nos liens avec la communauté des acteurs publics ou issus de la société civile qui se mobilisent pour lutter contre la pollution en Indonésie. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi été sensibilisées à Bali, au cours d’une dizaine d’actions, depuis mars 2023.

 

  • Nous permettre d’identifier avec précision les futures zones d’intervention du MOBULA 8 et celles du MOBULA 10, plus grand, plus large, qui sera capable de collecter les déchets dans les rivières à plus fort débit et au large des côtes (jusqu’à 20 milles). Plusieurs zones d’intervention ont ainsi été pré-identifiées à Bali et sur d’autres îles de l’archipel indonésien. Une évaluation de terrain, préalable à la mise en service du MOBULA 10, aura lieu en novembre de cette année. On espère l’arrivée du MOBULA 10 en Indonésie en début d’année 2024.

 

  • Déterminer les futures routes du MANTA, afin d’optimiser son efficacité dans la collecte des macrodéchets flottants, tout en minimisant ses temps de trajet, son empreinte environnementale et ses coûts d’exploitation. Les relations de travail de confiance établies avec les autorités locales dans le cadre du projet-pilote MOBULA 8 à Bali seront également précieuses pour accélérer les étapes nécessaires à l’activation opérationnelle du futur géant des mers. 

Et à court-terme ?

On estime aujourd’hui que l’Asie représente pas moins de 81 % des apports mondiaux de plastique dans les océans.  

Deux MOBULA 8 optimisés vont donc être déployés en 2024 dans un autre pays de l’ASEAN. Les contacts avec les autorités sont en cours et plusieurs visites exploratoires sont inscrites au programme.  

Voir notre article sur la flotte des MOBULA solidaires 

Un immense MERCI à toutes celles et ceux impliqués dans la mise en œuvre et l’analyse des progrès du projet-pilote : 

  • Notre équipe terrain, Captain Linda et Pak Herman qui opèrent le MOBULA 8,  
  • Antoine Iché, Ketut Sudarwata et Alice Darondeau qui pilotent le projet, 
  • Elise d’Epenoux, en contact quotidien avec nos partenaires institutionnels et les autorités publiques, 
  • Fiona Yap de Bali Marine Service pour son soutien logistique indispensable, 
  • Notre responsable scientifique Gwenaële Coat qui supervise le volet études avec nos partenaires académiques locaux, 
  • Notre responsable sensibilisation Stéphanie Poey pour le travail pédagogique essentiel mis en place auprès des communautés locales ! 

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