Pourquoi faut-il collecter les déchets plastiques ?

A quoi servent les opérations de nettoyage à terre et en mer ?

Une phrase restera du Congrès Mondial de la Nature. Elle a été prononcée par l’acteur américain Harrison Ford. «Nous sommes ambitieux pour trouver des solutions parfaites, pour mettre en place des politiques publiques parfaites. Personne n’a plus ce luxe aujourd’hui, nous devons nous mettre au travail maintenant, nous devons faire bouger les choses.» 

Face à ce sentiment d’urgence, certains continuent pourtant de vouloir opposer, dans un dangereux sophisme, les actions de prévention et d’éducation de long-terme, aux actions curatives immédiates de nettoyage des déchets plastiques flottants.
Leur argument ? Le fléau de la pollution plastique revêt désormais une telle ampleur qu’il ne sert à rien de vouloir collecter les déchets qui se déversent à flots continus, il faut prioritairement ‘fermer le robinet du plastique à la source’. 

Il y a ainsi un point sur lequel s’accordent tous les ONG, institutions, militants : pour venir à bout de la pollution plastique, il faut d’abord mettre fin au plastique à usage unique.
L’Europe, bonne élève, prévoit la fin du plastique à usage unique sur son territoire à l’horizon 2040 (bouteilles, bidons, sachets et emballages), soit dans 19 ans.

Mais que faire en attendant que ces politiques, aussi vertueuses soient-elles, produisent leur effet ? Chaque année, 4,8 à 12,7 millions de tonnes de ce plastique sont déversées dans les océans.[1]. A ce rythme, si rien de drastique n’est entrepris, la pollution plastique aura triplé en 2040 et il y aura 50 kilos de déchets par kilomètre de côtes dans le monde.[2]

Les faits sont têtus… et l’action publique trop lente à renverser la vague du plastique qui menace l’océan. 

De cette pollution qui s’accumule, en dépit des discours, Yvan Bourgnon a été le témoin direct : Entre 2013 et 2015, j’ai fait un tour du monde en petit catamaran de sport. J’ai navigué dans l’océan Indien et là, clairement, j’ai navigué pendant près de deux mois dans des déchets plastiques. C’était le choc. J’ai parfois été obligé de m’arrêter 40 fois par jour parce que les déchets étaient coincés dans mes gouvernails, dans mes dérives. J’avais eu la chance de faire ce même tour du monde enfant, et quand j’en parle avec mes parents, ils me disent qu’ils n’ont jamais eu besoin de ramasser un déchet plastique dans la mer.”  

C’est ce sentiment de révolte et d’incompréhension, ce refus de se résigner face à la plastification galopante des océans, qui a conduit à la naissance de The SeaCleaners en 2016. 

Les équipes et les quelque 1500 bénévoles engagés dans l’association se battent aujourd’hui au quotidien pour sensibiliser le plus grand nombre au fléau de la pollution plastique, éveiller les consciences, transmettre les écogestes, apprendre à mettre fin à notre dépendance aux plastiques. Car le meilleur déchet sera toujours celui qu’on ne produit pas. Mais la lutte doit aussi se poursuivre urgemment en mer, The SeaCleaners lutte pour la restauration des écosystèmes marins par la mise en opération de solutions innovantes pour collecter et valoriser les déchets plastiques, avec son bateau-usine emblématique Le Manta et les bateaux de dépollution polyvalents les Mobula 

Ainsidès cette année, le Mobula 8 sera opérationnel en Indonésie, où nous travaillons avec des partenaires locaux (associations, institutions, entreprises) pour non seulement dépolluer rivières, eaux calmes et mangroves, mais également valoriser les déchets et contribuer à structurer des boucles locales d’économie circulaire.

Le Manta et les Mobula en action

Avec le Manta, The SeaCleaners concentrera ses actions de collecte des plastiques marins le long des côtes et à l’embouchure des grands fleuves. Pourquoi?  
Les dernières publications scientifiques confirment qu’environ 1 000 fleuves et rivières représentent 80 % de la déverse des déchets plastiques dans les océans. Les scientifiques encouragent le développement ciblé de stratégies et de technologies d’atténuation pour réduire les émissions de plastique fluvial [3]
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Ce constat, Yvan Bourgnon l’avait fait en 2015 : “On m’avait dit : «en mer, il n’y a que des micro-particules de plastique», mais en fait pas du tout. Sur une bande côtière de 0 à 50 miles, il y a parfois de grandes concentrations de plastiques, des filets de pêcheurs, des bouteilles d’eau, des sacs plastiques, des déchets qui sont encore dans leur état originel. Je me suis dit : «L’océan est devenu une poubelle. 

Collecter les plastiques dans des zones ciblées près de ces fleuves et des côtes, là où les nappes de déchets sont concentrées, c’est agir avant qu’ils se dégradent, se fragmentent, deviennent microplastiques, dérivent, coulent et deviennent irrécupérables. Une seule solution de collecte, aussi efficace soit-elle, ne permettra pas à elle seule de ‘nettoyer’ les océans du plastique. Mais ces actions n’en sont pas moins indispensables : 

Dans un combat de longue haleine comme la lutte contre la pollution plastique océanique, nous avons collectivement besoin de victoires intermédiaires, visibles, concrètes pour maintenir la mobilisation, engager les communautés et réfléchir ensemble à des solutions. C’est ce qu’apporte une action aussi visible que la collecte en masse des déchets plastiques en mer. 

Tous ensemble, en alliant nos forces, nos idées et nos solutions, nous parviendrons un jour, sans doute, à un monde débarrassé de son addiction au plastique. D’ici là, il faut continuer, sans relâche, nos efforts : continuer à collecter les plastiques, à terre, en mer, continuer à éduquer, sensibiliser, développer la recherche scientifique et apprendre de nos actions sur le terrain.

 

Notes & references

[1] Plastic waste inputs from land into the ocean, Jambeck et al, 13 Feb 2015, Vol 347, Issue 6223. Science

[2] Evaluating scenarios toward zero plastic pollution, Lau, Shiran et al, 18 Sep 2020, Vol 369, Issue 6510, Science

[3] More than 1000 rivers account for 80% of global riverine plastic emissions into the ocean , April 30, 2021 • Meijer, L.J.J. et al, Science