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Interdiction des plastiques à usage unique ou des objets à usage unique ?

Résumé :

Les gouvernements du monde entier mettent en place des interdictions relatives aux plastiques à usage unique pour atténuer la pollution marine. Cette étude examine si l’interdiction des articles en plastique à usage unique est une stratégie appropriée pour protéger l’environnement. L’évaluation du cycle de vie des produits a été effectuée pour des solutions alternatives non plastiques qu’elles soient à usage unique ou non. Les impacts du cycle de vie des deux catégories de produits ont été comparés et mis à l’échelle en fonction de la consommation de l’Union européenne en 2016. Les résultats montrent qu’une interdiction des plastiques à usage unique réduirait la pollution marine dans l’UE de 5,5%, ce qui équivaut à une baisse de 0,06% à l’échelle mondiale. Toutefois, une telle interdiction augmenterait de 1,4% les émissions contribuant à la toxicité aquatique et marine dans l’UE. Ce document conclut que les articles à usage unique sont nocifs pour l’environnement, quel que soit leur matériau. Par conséquent, l’interdiction ou l’imposition d’un prix élevé sur les articles à usage unique en général et non seulement les articles en plastique est une méthode plus efficace pour réduire la consommation et donc la pollution. L’interdiction des plastiques ne conduit qu’à une faible réduction de la pollution marine plastique mondiale et ne fournit donc qu’une solution partielle au problème qu’elle entend résoudre.

Avis The SeaCleaners :

L’interdiction des plastiques à usage unique s’est généralisée à travers le monde.
Elle est avant tout une mesure perçue comme politique et les études quantitatives des effets réels commencent juste à faire l’objet de publications. Les auteurs présentent ici un exemple de résultats qui prend en compte l’analyse des cycles de vie de certains produits à usage unique en plastique ou non. Cette étude porte sur la région Europe où globalement les déchets sont plutôt bien gérés comparativement à d’autres régions du monde comme en Asie. Les conclusions sont donc à limiter sur les pays occidentaux.

Le développement des plastiques biodégradables s’est généralisé au niveau marketing.
Comme nous le soulignions dans un Seaview précédent, une des actions immédiates des industriels a été de mettre en avant le fait que désormais ils utilisent des plastiques biodégradables dans leurs formulations pour les objets à usage unique. Nous avons vu dans un article sur une étude scientifique réalisée au Brésil que près de la moitié des polymères dits biodégradables dans des produits à usage unique, après analyses chimiques, s’avèrent être des polymères pétrochimiques conventionnels totalement non biodégradables. L’autre moitié est constituée de polymères conventionnels auxquels on a ajouté des additifs pour stimuler la biodégradation. Aucune certitude concernant l’efficacité de cette biodégradation n’est apportée. Le terme biodégradable n’est pas réglementé, il n’est donc pas relié à des essais normalisés dans des conditions précises. Ceci influence le comportement des consommateurs qui pensent agir pour l’environnement en choisissant certains produits, alors que ceux-ci ne répondent pas aux allégations portées sur leurs étiquettes.

L’interdiction des plastiques à usage unique a finalement peu d’effet sur la pollution marine.
D’après l’étude ci-dessus, en prenant en compte tous les aspects du cycle de vie des matières plastiques qui sont utilisées dans les objets à usage unique, l’interdiction n’aurait pour effet de réduire la pollution marine dans l’Union européenne que de 5,5%. Extrapolée au niveau mondial cette réduction ne serait que de 0,06 %. Il apparaît donc clairement que dans les pays développés l’interdiction des plastiques à usage unique a très peu d’effets sur la pollution plastique marine. Les conclusions seraient sans doute différentes dans les pays en voie de développement car l’efficacité de la gestion des déchets rentre en compte dans les calculs. Si elle est inexistante ou trop faible, l’impact de l’interdiction des plastiques à usage unique est plus significatif. Il faut souligner aussi, qu’une partie du manque d’efficacité des mesures d’interdiction dans les pays développés résulte de la pratique de transfert des déchets vers les pays en voie de développement, pour un hypothétique traitement.

Les matériaux de substitution au plastique n’apportent pas de solution efficace.
Une autre approche des industriels consiste à substituer à la matière plastique une autre matière d’origine renouvelable, comme le bois ou le papier. Les auteurs de cette étude ont évalué ces solutions. Il s’avère qu’elles ont un impact sur la pollution plastique globale relativement faible, comme souligné plus haut, et apportent aussi leur contribution en pollution chimique, consommation de ressources et empreinte carbone. En particulier pour tous les matériaux à base de cellulose, si la forêt ou les cultures ne font pas l’objet de bonnes pratiques afin d’être durables. Les matériaux issus de ces matières premières ont finalement un impact négatif global sur l’environnement plus important que les plastiques classiques. Les plastiques biosourcés de type PLA ont aussi été évalués. Leur bilan sur un cycle de vie complet est nettement moins bon que celui des plastiques conventionnels lorsqu’ils sont utilisés dans des objets à usage unique.

Les résultats montrent clairement que c’est la notion d’objets à usage unique qui pose un problème.
Après analyse des cycles de vie de ces différents produits fabriqués en plastique ou en matériaux alternatifs, les auteurs de cette étude ont clairement montré que c’est la notion d’objet à usage unique qui devrait être réglementée voire interdite. Cette notion est relativement récente : elle est apparue dans les années 50 aux États-Unis où le tout jetable permettait d’apporter un gain de temps considérable dans la vie quotidienne. Du moins c’est de cette manière que le marketing de l’époque a fait la promotion de cette nouvelle approche de la production. Ceci permettait de résoudre le problème de durée de vie des produits, donc de leur solidité, de leur fiabilité, de leur qualité globale. Tous ces critères ont permis un développement et une mise sur le marché rapides, donc un amortissement des coûts d’études très rapide sur les produits avec un niveau de risque plus faible, car si un produit ne fonctionne pas bien, il est substitué par un autre en peu de temps. Les coûts de production, et donc le prix des produits, sont alors diminués et la marge considérablement augmenter du fait du grand volume d’objets vendus. Le consommateur a vite pris l’habitude de ces produits peu chers à durée de vie courte, sachant qu’à l’époque, dans l’esprit des acteurs économiques, c’est le consommateur final qui était responsable de ses déchets.
Les temps changent, le consommateur et tous les acteurs économiques commencent à prendre conscience que le modèle linéaire n’est plus viable, et que les profits basés sur l’hyperproduction vont bientôt se tarir. La vraie question est donc : où placer la valeur ajoutée et donc le profit des acteurs économiques, y compris celui du consommateur salarié, dans un nouveau système ? Une adaptation des lois sur les plastiques à usage unique pour aller vers une interdiction des objets à usage unique serait un pas en avant significatif dans cette direction.

Source :

Sustainability Assessment of a Single-Use Plastics Ban.
Herberz, T., Barlow, C. Y. & Finkbeiner, M.
Sustainability 12, 3746; (2020).
DOI-Link : https://doi.org/10.3390/su12093746

Edité par : Yannick Lerat / 02-07-2020 /  SeaView@theseacleaners.org

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